Aller au contenu.Aller à la navigation


Suivant: Une approche globale Plus haut: La science genevoise Précédent: La science genevoise

Le destin de la science genevoise

Le Journal de Genève publie un supplément scientifique le samedi 22 septembre 1990, intitulé <<Le destin de la science genevoise>>.

La Société de Physique et d'Histoire naturelle célèbre le bicentenaire de sa fondation. Le rappel d'un passé quelque peu oublié pourrait inspirer la science de demain.

En 1790, Genève compte déjà plusieurs dizaines de naturalistes, physiciens, mathématiciens, tous, ou presque, issus de l'élite patricienne. Une douzaine d'entre eux jouissent d'une réputation internationale. Les savants étrangers affluent: des géologues, attirés par la proximité du Mont-Blanc et des Alpes, y croisent des spécialistes de l'électricité, de la chaleur et des sciences de la vie.

Malgré cette effervescence, la science des Lumières reste encore balbutiante. Elle se confond avec une quête intellectuelle aux contours incertains, souvent engagée dans le combat pour le progrès social et la refonte des institutions politiques. Fondée en 1790, la Société de Physique et d'Histoire naturelle (SPHN) se donne pour objectif d'encourager la recherche, principalement dans les sciences expérimentales et d'observation. Toutefois, la finalité de cet effort reste la satisfaction d'une légitime curiosité de l'esprit, non une maîtrise technique au service de l'industrie.

Et aujourd'hui? Où se cachent les héritiers des Trembley, Bonnet, Saussure, Candolle, De la Rive et autres Pictet? Que reste-t-il de la fibre scientifique des Genevois? Les conditions de la recherche ont radicalement changé depuis le milieu du siècle dernier. Le savant indépendant, amateur éclairé et largement autodidacte, a cédé la place au chercheur professionnel, salarié, simple rouage au sein d'équipes engagées dans une compétition de plus en plus acharnée. Les Etats contrôlent les universités, les écoles techniques, décident des budgets, des équipements, et considèrent la politique scientifique comme un atout stratégique au service de l'industrie.

Toutes ces transformations ont joué contre des villes comme Genève, provinciale, peu industrialisée, et tardivement dotée d'une université. Après son âge d'or des années 1740- 1840, la science genevoise meurt peu à peu de sa belle mort, même si de brillants chercheurs continuent d'exercer dans notre ville. <<L'intellectualisme genevois>> déserte les sciences naturelles pour les sciences humaines et sociales.

Les interrogations sur l'origine et l'évolution du monde cèdent la place aux réflexions sur la culture, la psychologie, la pédagogie, la pensée. Les héritiers les plus directs des grands savants genevois se nomment Ferdinand de Saussure, Edouard Claparède, Théodore Flournoy, Eugène Pittard, Jean Piaget, Jean Starobinski. Ils ont placé l'homme au coeur de leurs préoccupations, à une époque où les sciences exactes et naturelles s'en éloignent de plus en plus...





Suivant: Une approche globale Plus haut: La science genevoise Précédent: La science genevoise

Jean-Bernard ROUX
Collège de Saussure
Messages à: Jean-Bernard Roux