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Sur la lettre de Condorcet à Horace-Bénédict de Saussure.

La lettre de Condorcet à Horace-Bénédict de Saussure à propos du >>Projet de réforme pour le Collège de Genève>>, à notre connaissance inédite,gif s'inscrit dans la réaction des philosophes à l'éventuel rétablissement des jésuites par le biais des institutions éducatives. La Compagnie avait été dissoute en 1773. Néanmoins, en janvier 1774, l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, en demandait le retour sous l'autorité d'un supérieur spécial pour la France; en février, Léomenie de Brienne, archevêque de Toulouse, proposait la création d'un nouvel ordre religieux (qui aurait absorbé les anciens jésuites) destiné à la formation des enseignants pour les collèges.gif Dans les premiers mois de 1774, d'Alembert et Voltaire s'écrivent à ce sujet; le second publie la <<Lettre d'un ecclésiastique sur le prétendu rétablissement des jésuites dans Paris.>> Condorcet participe aux échanges épistolaires. Le 6 mars, il écrit à Voltaire que le projet de rétablir les jésuites a été remplacé par celui de former une <<congrégation d'éducation, dont les jésuites seraient exclus, mais ce seront toujours des fanatiques et des moines. C'est comme si les Caraïbes changeaient l'habitude d'aplatir en large la tête de leurs enfants en celle de l'aplatir en long, ils n'en resteraient pas moins imbéciles>>; c'est l'idée même d'une <<congrégation de moines chargés d'abrutir la jeunesse>> qui lui est détestable.gif Sa lettre à Horace-Bénédict de Saussure date d'avril 1774. Vers le milieu de la même année, Condorcet publie anonymement ses <<Lettres d'un théologien à l'auteur du Dictionnaire des trois siècles>>, défense des philosophes violemment anticléricale et satirique. Ses premiers fragments sur l'éducation datent de 1773; la situation française, la correspondance avec Voltaire, la publication du <<Projet>> de Horace-Bénédict de Saussure le poussent à rapprocher les liens entre pédagogie et politique. Dans ses <<petits résumés sur l'histoire de l'éducation>> écrits en 1774, les Genevois vont jusqu'à faire figure de réformateur en matière éducative.gif

Ce n'est pas ici le lieu d'analyser les critiques de Condorcet au <<Projet>> de Horace-Bénédict de Saussure, ni de suivre l'évolution de sa pensée pédagogique dans le contexte de son époque et de son oeuvre. L'anticléricalisme perce dans la lettre au savant genevois; la critique de l'histoire et des fables, l'importance de l'exercice du corps dans la conservation des moeurs et la manière d'aborder l'histoire naturelle sont teintées de rousseauisme, se retrouvent dans des nombreux traités de l'époque, et définissent certains éléments de la pédagogie de l'avenir. Mais sur un point au moins, l'avenir démentit le jeune Condorcet: le livre d'histoire dont la réalisation lui semblait être au-dessus <<de la bonté humaine>> et dont il craignait qu'il fût <<plat>> parce que rempli de traits <<propres à chaque âge>> -- ce livre-là allait s'intituler <<Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain>>.

Fernando Vidal (Université de Genève)



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Jean-Bernard ROUX
Collège de Saussure
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