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Deluc et Saussure

Peu avant l'affrontement des théories neptunienne et plutonienne intervient le physicien genevois Jean-André Deluc (1727-1817), qui a quitté Genève pour s'établir en Grande- Bretagne. Il a été nommé lecteur de la reine Charlotte (femme du roi George III). Pendant près de quarante ans, il peut ainsi construire une théorie de la Terre très compliquée, dans laquelle il essaie de concilier l'histoire géologique de la terre et les sept jours de la Genèse. En vain. Dans ses Lettres physiques et morales..., il interprète la formation des chaînes de montagnes par effondrements successifs de la croûte terrestre dans de vastes cavernes. Deluc restera un adversaire acharné de James Hutton jusqu'à son dernier souffle.

C'est à cet instant de la querelle que les documents inédits de la Société de physique et d'histoire naturelle apportent des éclairages précieux. Ils introduisent Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799), expérimentateur et observateur méticuleux, qui préfère toujours s'en tenir aux faits avérés plutôt que de défendre un concept. Dans ses fameux Voyages dans les Alpes..., publiés entre 1779 et 1796, les observations l'emportent sur la synthèse, mais cette dernière existe dans ses oeuvres inédites. Horace-Bénédict de Saussure y rompt le cadre rigide de Werner par une théorie de la Terre originale, qui est restée malheureusement très incomplète. Horace-Bénédict de Saussure réfute les effondrements proposés par Deluc. Il admet des refoulement horizontaux, liés à la contraction de la Terre, pour expliquer la formation des Alpes et des chaînes de montagnes en général. Il tente même des expériences de laboratoire, en comprimant des couches d'argile, pour essayer de comprendre les structures complexes, structures que seule l'hypothèse de nappes de charriage et de la tectonique des plaques résoudront de nos jours. Horace-Bénédict de Saussure figure donc parmi les pionniers de la géologie expérimentale.

Vers la fin de sa vie, Horace-Bénédict de Saussure a entendu parler de James Hutton mais n'est pas entré en discussion directe avec lui. Dans la séance de la SPHN du 22 mars 1798, il réfute cependant l'origine ignée et profonde du granit, base de la théorie de Hutton. Ce dernier n'en fera pas moins, dans l'édition finale de sa Théorie de la Terre, une présentation élogieuse des observations de Horace-Bénédict de Saussure dans les Alpes; il en donne même de volumineux extraits en français, qui paraissent confirmer certains de ses propres points de vue.



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Jean-Bernard ROUX
Collège de Saussure
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