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Un savant hors du commun. Marc-Auguste Pictet

Correspondant de Thomas Jefferson, membre de la Société royale de Londres, créateur de la station météorologique du Grand-Saint-Bernard, Marc-Auguste Pictet n'était pas connu qu'à Genève et en France.

La caractéristique dominante des activités scientifiques de Marc-Auguste Pictet est sans doute leur diversité. Même si son nom n'est pas directement associé à des découvertes sensationnelles, le soin qu'uil mettait à réaliser ses travaux et leur originalité firent delui, en dépit de sa modestie, un savant très écouté. Il avait par ailleurs un talent tout particulier de pédagogue et savait rendre la science Accessible au grand public. On dit de lui qu'il tint <<le sceptre de la science aimable et de la sociabilité savante>>.

Commençons par évoquer l'astronomie qui marque son départ dans le monde scientifique puisqu'il devient à 22 ans, et ayant juste terminé ses études de droit (!), assistant de Jacques-André Mallet: celui-ci est directeur de l'Observatoire de Genève qu'il a créé, et premier professeur d'astronomie à l'Académie. Marc-Auguste reprendra ces deux fonctions à la mort de Mallet en 1790 et les gardera jusqu'en 1819. Dès le début de son professorat il intervient avec succès auprès de la Société des Arts et du Petit Conseil, en faveur de l'achat des instruments que Mallet avait payés de sa poche. Le duc de Saxe- Gotha, collectionneur d'objets scientifiques, avait en effet proposé de les acquérir; ils se trouvent aujourd'hui à Genève, au Musée d'Histoire des Sciences. Marc-Auguste Pictet s'était déjà créé des liens étroits avec l'Angleterre lors de ses séjours aux observatoires de richmond et d'Oxford; en 1791 il propose à la Société royale de Londres d'instituer un méridien de référence: celui-ci se serait situé à Genève, mais on préfère Greenwich... En 1803 il montre, devant l'Académie des sciences de Paris, que les météorites sont d'origine céleste; il est élu la même année membre correspondant de cette institution.

Le domaine de la météorologie en était encore à ses rudiments. Dans la première version du <<Journal de Genève>> Marc-Auguste innove en publiant, dès 1787, ce que nous appellerions aujourd'hui le <<bulletin météo>>. Il avait déjà accompagné Horace-Bénédict de Saussure lors de son troisième <<Voyage autour du Mont-Blanc>> et effectué des mesures d'altitude à l'aide de baromètres portatifs. Il améliore la précision et la maniabilité de ces instruments, construits à Genève par Jacques Paul.

Si la météorologie fut sans doute le domaine favori de Marc-Auguste Pictet -- il prendra, à 65 ans encore, l'initiative de créer la Station météorologique du Grand-Saint-Bernard -- c'est dans celui de la physique, plus particulièrement de la théorie de la chaleur, qu'il acuqit la célébrité. Il publie en 1790 un <<Essai sur le feu>> (le <<feu>> est à comprendre ici dans le sens de <<chaleur>>) dans lequel il montre, entre autres, que le froid -- tout comme le chaud -- provoque un rayonnement, et que celui-ci peut être réfléchi par un miroir. Expérience révolutionnaire à une époque où le froid était considéré comme <<absence de chaud>> et ne pouvait donc, ni irradier, ni être réfléchi. Cette étude, qui contenait également une explication du phénomène de la rosée, fut traduite en anglais en 1791 et valut à Marc-Auguste d'être nommé membre étranger de la Société royale de Londres -- en bonne compagnie, puisque Volta fut nommé avec lui...

Le penchant qu'éprouvait Marc-Auguste pour tout ce qui touche aux instruments le porta également vers la chronométrie et l'horlogerie. Il promeut à l'Observatoire de Genève le développement de la chronométrie qui en deviendra une activité réputée. En 1787 déjà, il avait organisé un cours à l'intention des horlogers et créé un prix destiné aux apprentis horlogers. Le <<concours de la meilleure montre>>, bien connu de nos jours, a lieu pour la première fois en 1790.

Marc-Auguste Pictet se distingua aussi dans le domaine de la cartographie. Ses oeuvres les plus importantes sont la <<Carte du Lac de Genève et des montagnes adjacentes>> et la <<Carte de la partie des Alpes qui avoisine le Mont-Blanc>>, dessinées pour les <<Voyages dans les Alpes>> de Horace-Bénédict de Saussure.

En chimie, il soutient les idées de Lavoisier (1743-1794) et met fin à Genève à la doctrine du phlogistique -- élément insaisissable qui aurait été responsable des réactions chimiques. Il sera question plus loin des contributions de Marc-auguste en géologie. Dans le domaine des applications pratiques la liste de ses idées serait longue et parfois inattendue; à titre d'exemple: il créa et commanda le corps des sapeurs pompiers genevois et mit au point des dispositifs ingénieux de lutte contre l'incendie.

Marc-Auguste Pictet fut un personnage illustre à l'étranger, non seulement en Europe -- nous avons évoqué ici l'Angleterre et la France plus particulièrement -- mais aussi dans la lointaine Amérique où il correspondait avec Thomas Jefferson, fondateur du parti républicain et président des Etats-Unis en 1801. Très estimé par ses pairs à Genève, il reçut de Charles Bonnet (1720-1793) un fort joli compliment. <<vous savez interroger la nature comme elle veut l'être et les réponses que vous en obtenez sont celles qu'elle fait à ses favoris>>. (...)

Jean-Michel Pictet



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Jean-Bernard ROUX
Collège de Saussure
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